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Récit de 1914

Mon arrière-grand-père Gustave Bourgeois est mort le 20 juillet 1916 au cours de la bataille de la Somme. Il faisait partie du 23eme régiment d'infanterie coloniale. Vous trouverez ci-dessous les deux dernières lettres envoyées par mon arrière-grand-père à son frère Guislain (soit 14 et 11 jours avant sa mort), la dernière bataille qu'il a livrée, l'acte de décès délivré par l'Armée, un historique succinct du 23eme régiment d'infanterie coloniale et enfin une photo de mon arrière grand-père. Voici en quelques lignes ce que furent ces derniers jours.

Une attaque est déclenchée le 1er juillet 1916. Au cours des journées précédentes, de nombreuses patrouilles, même en plein jour, ont vérifié l'achèvement des destructions. Le régiment a pour premier objectif les villages de Dompierre et de Becquincourt. Le deuxième objectif est la seconde position allemande, éloignée de la première d'environ 2 kilomètres et formant courtine entre les villages d'Herbécourt et d'Assevillers. L'attaque est menée par les 1er et 2e bataillons formés en quatre vagues d'assaut.

A 9H30, la première vague franchit les parapets et, dans un ordre parfait, s'élance sur la position ennemie. Ne subissant que de faibles pertes, cette vague, suivie par la 2e et la 3e, occupe les premières lignes ennemies, puis s'empare du village de Dompierre, en totalité. La progression vers Becquincourt continue, les hommes sont merveilleux d'entrain, tous les mouvements d'unités sont exécutés comme à une parade. Le second village est enlevé et aussitôt organisé. L'artillerie continue à concentrer son feu sur la seconde position ennemie.

A 15 heures, le régiment, dont toutes les unités sont bien en mains de leurs chefs respectifs, reprend sa progression; puis, sous un feu violent de mousqueterie et de mitrailleuses, il continue sa marche en bon ordre. A 300 mètres de la position, la progression se fait par bonds; les unités de tête parviennent à s'infiltrer, malgré le feu nourri de l'adversaire. A 19 heures, le régiment est maître de la position. Des barrages sont établis au nord et au sud, les régiments voisins n'étant pas parvenus sur le second objectif dans cette première journée. Les contre-attaques pendant la nuit et la matinée du 2 juillet sont aisément repoussées. A 13h30, l'ennemi débouchant de Flaucourt en petites colonnes à travers champ, se porte à l'attaque de nos positions. Notre feu de mousqueterie et de mitrailleuses très meurtrier n'empêche pas cependant l'ennemi de progresser au nord et au sud, il redouble d'efforts pour déborder nos barrages; la situation devient critique. Une contre-attaque à la baïonnette sur le terre plein est exécutée, le capitaine Defer et le lieutenant Louis, devant le danger, se sont élancés les premiers, entraînant vigoureusement leurs hommes; le premier est blessé grièvement, le second est tué dans un corps à corps. L'attaque est repoussée, le tir, maintenant très précis de notre artillerie, achève la déroute de l'adversaire. Nos pertes sont assez sérieuses à la suite de cette attaque.

Le 3 juillet, à 9 Heures, le régiment pousse sur Flaucourt, couvert par de fortes reconnaissances, les compagnies en petites colonnes, par échelons. Le village est organisé, 200 prisonniers sont faits. Dans la soirée, le lieutenant-colonel Cambay ayant été blessé accidentellement par l'éclatement d'une grenade, le chef de bataillon Jouannetaud prend le commandement du régiment.

Le 4 juillet, des éléments sont poussés vers le sud-est, face à Barleux, et s'y installent en grand'garde, permettant la progression des unités en liaison au sud.

Le 5, le régiment assez éprouvé est relevé sur ses positions et va cantonner à Proyart.

Lettre du 6 juillet 1916

Cher frère Guislain

Je t'écris ces quelques lignes pour te dire que je me porte très bien. je crois qu'il en est de même pour toi. Je veux te dire que nous avons repris l'offensive et nous avons gagné du terrain : une dizaine de kilomètres. Ca va très bien, si ça continue, nos pauvres femmes seront bientôt débarassées mais tu sais ça barde, le canon tonne. Mais je crois qu'on ne fera plus une campagne d'hiver. Je crois que dans un mois tu pourras retourner. Je ne reçois plus de lettre de toi. Je t'ai écrit deux lettres mais les lettres ont été arrêtées. Mais pour les recevoir, on les reçoit, mais pour partir elles ne partent plus. Mais maintenant, je crois que ça va repartir. En ce moment nous sommes en repos. Je crois que nous serons bientôt à Péronne. Je ne vois plus de choses à te dire pour le moment sinon bien à te faire des compliments ainsi qu'à Léon et puis à Philippe. Nous avons fait beaucoup de prisonniers et nous avons pris des canons. Ca marche très bien mais je crois que ça ne continuera pas car ça va trop bien.

Ton frère Gustave pour la vie.

Lettre du 9 juillet 1916

Cher frère Guislain

Je répond à ta lettre que j'ai reçu hier. Qu'elle m'a fait plaisir de te savoir en bonne santé. Elle était datée du 3 juillet. Je te dirai que ça s'est bien passé. Nous avons avancé un peu mais nous voilà encore arrêtés une fois. Mais tu sais, les boches sont bien en déroute. Ca marche bien mais on va encore leur donner le temps de leur renforcé. Nous sommes en repos en ce moment. Voilà déjà cinq jours que nous sommes en repos. Mais ces jours ci nous irons encore pour donner un coup. Jusqu'à ce moment ça marche très bien pour moi. Je crois que tu auras écris à mes amis pendant que je me battais car je ne pouvais pas leur écrire. C'est bien triste la guerre quand on prend l'offensive comme ça. Tu vois des morts de tous côtés, des blessés, tu vois des boches tués, blessés avec les français. Quel désordre ! Il faut y être pour le savoir. Maintenant nous attendons les anglais pour nous avancer. Que veux-tu, je pense tout de même que cette querre qu'elle finira tout de même cette année. Mais quel mois, je ne saurais le dire car ça va être très dur pour les déloger de chez nous. On perdra beaucoup de monde. Je ne vois plus rien à te dire pour le moment sinon à bien te faire des compliments ainsi qu'à Léon, à Philippe et puis à Paul quand vous lui écrirez.

Ton frère Gustave pour la vie

Le 12 juillet, les 4e, 8e et 12e compagnies sont retirées du régiment pour la constitution du « dépôt divisionnaire ».

Revenu, le 13 juillet, dans les tranchées de la région de Dompierre, le régiment relève le 21e RIC dans la nuit du 16 au 17 et occupe la position en vue de la prochaine attaque.

Un triste jour

Le 20 juillet 1916, une grande attaque générale avait été décidée, entre la région de Pozières et celle de Vermandovillers.

Dans le secteur français, nos troupes s'emparèrent, au nord de la Somme, de toute la première ligne entre Hardecourt et Hem; tandis qu'au sud, Barleux, véritable nid de mitrailleuses résistant encore aux assauts de nos coloniaux, était sur le point de succomber.

Le 20 juillet, le 23e reçoit pour mission d'enlever les organisations défensives de l'ennemi au sud de Barleux. L'attaque est menée par les 1er et 3e bataillons, lesquels ne possèdent plus que 3 compagnies, quoique ayant un front d'attaque très étendu. Les première et seconde vagues franchissent la première tranchée ennemie (tranchée de la Jonction). Le bataillon sud continue sa progression, le bataillon nord est arrêté net. Des îlots de résistance se sont formés et l'ennemi commence une fusillade très nourrie sur la troisième vague qui franchit les parapets, plusieurs mitrailleuses entrent également en action et arrêtent net la progression. L'ennemi garnit de nouveau vers le sud sa tranchée de première ligne; les deux premières vagues sont complètement isolées du régiment. Tous les agents de liaison envoyés pour recueillir des renseignements sur les unités engagées sont tués avant d'avoir pu accomplir leur mission. A 8H15, une violente contre-attaque précédée d'un très violent bombardement tente de nous chasser de la position. Grâce à la bravoure des mitrailleurs de la Cm3 (lieutenant Abels), la contre-attaque est repoussée, mais non sans de très fortes pertes.

La lutte continue acharnée à la grenade, tous les approvisionnements trouvés sur la position sont utilisés en attendant le ravitaillement très lent, par suite d'un bombardement d'une violence inouïe. Les unités en liaison avec le régiment au nord et au sud ne pouvant avancer, il est impossible de continuer la progression devant la résistance de l'ennemi qui n'a pas souffert de notre bombardement préparatoire et dont l'artillerie contrebat très efficacement la nôtre. Le régiment est très éprouvé. Le 3e bataillon qui a été presque complètement anéanti est relevé dans la nuit par un bataillon du 21e RIC . Les 1er et 2e bataillons sont relevés dans la nuit du 21 au 22 par le 272 RI . Le régiment vient bivouaquer au bois Vierge, au bois Sans et au bois Signal et se reconstitue.

 

Déclaration de décès par l'Armée

 

 

Les combats du 23ème Régiment d'Infanterie Coloniale

Engagé aux côtés du 7ème Régiment d'Infanterie Coloniale

1914 Opérations des 3e et 4e Armées et du Corps de Cavalerie Sordet : Rossignol (22 août) , Saint-Vincent (24 août)

Bataille de la Marne : Ecriennes , Vauclerc (6-7 septembre) sud de Vitry Le François

1915 Champagne : Fortin de Beauséjour (16 –23 fév.)

Bataille de Champagne : Main-de-Massiges , Côte 191 (25 septembre)

1916 Bataille de la Somme : Ebesquincourt , Dompierre , Assevilliers , Rancourt , Belloy-en-Santerre , Villiers Carbonel , Horgny (juillet-sept.)

1917 Entre Somme et Oise (17-20 mars) l'Ailette (16-17 avril) Mont des Singes (5-9 mai) Hurtebise (28-29 juillet)

1918 Combats sous Reims (27-31 mai, 1er juin, 15 juillet) Bazancourt (7-9 octobre) Retourne, Aisne (11-19 octobre) Herpy

 

 

 

 

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